Mes nuits sont cousues
De tissus décolorés
Douces insomnies.

Un grillon qui dort
Entre les lattes du volet
Décembre passe.

Le temps s'écoule
Balancier de l'horloge
Les heures s'égrainent

L'arôme du thé,
Crépitements des bûches,
Danse des flammes.

Le vol du corbeau
Sublime la pureté
Des champs enneigés.

Le confort du feu
Lové au coeur de l'hiver,
Mémoire d'ailleurs.

Un volet claque
Le vent siffle en hurlant
La poussière vole.

Un bruissement léger
Qui berce mon sommeil,
Le vol d'un papillon.

De ces deux oiseaux
Sur la branche, lequel va
D’abord s'envoler ?

Le cri des mouettes
Déchire les nuages
En lambeaux ouatés.

Ce vent qui souffle
N'empêche pas le héron
De se promener.

L'araignée tisse
Un manteau très doux avec
Des larmes de soie.

Souvent, les nuits où
La tempête fait rage,
Le chant des bambous.

En hiver, parfois,
Sur la neige brillante,
L'empreinte du loup.

Au crépuscule,
Ce rayon, comme un dernier
Soupir lumineux.

De ces tristes rues
Les passants s'enfuient toujours
En baissant les yeux.

Un geste suspendu
Glisse sur le papier de soie
Echo d'un rêve.

La pierre à encre
Brille d'un noir satiné,
Jeux de lumière.

Un seul mouvement:
Le frôlement du pinceau,
Ligne ultime.

Les quadrillages
De la feuille de papier
Sont-ils des barreaux ?

Sur les galets gris,
Les branches décolorées
Par le sel marin.

Les volets claquent,
Un éclair déchire la nuit.
Le tonnerre, plus tard.

Le chant des grillons
Dissimule les soupirs
Des amants secrets.

Un rocher brûlant,
Le lézard immobile
Dévore le temps.

Dans l’ombre du roc
La couleuvre se love.
Chaleur intense.

Les mouches dansent
Tout autour de la lampe
Qui luit doucement.

La lune sourit
Au chant d'amour du crapaud
Qui gonfle son cou.

Ces nuages lourds,
Ces gouttes qui s'écrasent
Dans la poussière.

Ses soupirs ornaient
Un fragile silence
A jamais perdu.

Au creux de ses reins
Délicate humidité
Mémoire d'amour.

La stridulation
Des cigales en été
Envahit la nuit.

Les livres sont rangés
Dans ma bibliothèque
Comme des vagues.

La fleur du prunier
Ne veut jamais imiter
La blanche orchidée.

La lame qui dort
Palpite dans sa gaine
Elle rêve du sang.

Tiré du fourreau
Le sabre, éclair d’acier,
Doit trancher la vie.

L’arme, haut brandie,
Prolongement matériel
De l’esprit tendu.

La trajectoire
De la lame qui frappe,
Lumière courbe.

Boken en chêne
Simulacre utile
De la mort froide.

Le temps se fige.
Le mouvement s’arrête.
L’ennemi attend.

La voie martiale
Des énergies unifiées :
Sentier lumineux.

Cette crinière,
Suspendue dans le vide,
Galop éternel.

Le choc des sabots
Sur ce chemin sec et dur,
Lourde vibration.

La selle crisse,
Les fers martèlent le sol
Brûlure de l’air.

Des traces de pas
Ouvrent un chemin nouveau
Parmi d’autres possibles.

La plainte du violon,
Infiniment modulée,
Tatoue le vide.

Le piano danse
Sur ses touches d’ivoire
Et ses quatre pieds.

Le violoncelle
Soupire très lentement,
Blessé par l’archet.

Les résonances
De la basse de viole
Tremblent si longtemps.

L’herbe ondule
Quand la flûte la berce
Dans ses bras de vent.

La plainte de la flûte,
Une brume de l'hiver
Dort sur le monde.

Au bord des tombes
Les goules grincent des dents
La lune est ronde.

A jamais perdue
Dans le jardin sauvage,
Sa peau si pâle.

Plaintes des défunts,
Cercle de la détresse,
Quelque part, ailleurs.

La cité des morts.
Se reflète dans le lac,
Rides fantômes.

La barque glisse,
Plongée dans la nuit froide,
Vers l’île des morts.

Un cri sauvage
Déchire l'éternité,
Les dieux patientent.

Le cimetière,
Ces tombeaux alignés,
Eternellement.

La voie du démon
Suit les traces des hommes
Subtile rumeur.

La fleur qui pousse
Sur la tombe oubliée
Parle aux vivants.

Elle vint une nuit.
Elle frappa à ma porte
Et me salua.