Le monde comme une représentation
Un premier préambule doit être proposé : il est indispensable de traquer et détruire les idoles (
idolum, spectre) que Sir Francis Bacon (1561-1626) catégorise dans le Novum Organum (1620).
Les fantasmes qui embrument l'esprit sont des constituants principaux de la grande illusion. Ces simulacres se matérialisent dans quatre familles.
Les fantômes de la tribu, qui sont propres au genre humain.
Les fantômes de la caverne, qui sont distinctifs de l'individu singulier.
Les fantômes du forum, de la place publique, qui sont transportés par le langage.
Les fantômes du théâtre, qui sont véhiculés par les systèmes philosophiques.
Il sera sans doute nécessaire de définir de nouveaux outils iconoclastes. Les briseurs d'images de ce siècle naissant, partisans de la "philosophie à coups de marteau", ne manqueront pas d'utiliser tous les instruments de la pensée susceptibles de déchirer les voiles de l'apparence.

Hoi Polloi
Ce syntagme grec, qu'utilisait Platon pour désigner la multitude (les humains qu'il qualifiait d'indifférenciés), résonne comme un cri de guerre barbare.
C'est la rumeur de la foule qui enfle pour exploser en un hurlement collectif : "Rassemblons-nous, ressemble-nous !!!"
C'est le mantra du "On", de l'indéfini, l'objectif de cette indétermination permanente est le nivellement et sa tactique est le harcèlement.
La terreur qu'inspire une responsabilité individuelle effective est le reflet de la peur de l'Autre, celui qui, par sa différence, est le miroir de nos insuffisances.
Est-ce aussi pour étouffer cette frayeur que les hommes se réunissent dans des tribus et qu'ils adoptent des signes de reconnaissance claniques ?
Eviter les remises en cause, négliger d'analyser les signes des immanquables changements et refuser de définir les stratégies permettant de s'y adapter dans l'harmonie, c'est irrémédiablement se condamner à une immobilité croupissante et à un confort illusoire.
Un des avatars de la liberté est la culture de la divergence.
Cette quête de la singularité ne saurait en aucune façon être la manifestation d'une volonté de domination de l'individu sur le collectif, mais bien au contraire le désir de tracer des pistes nouvelles que d'autres parcourront et aménageront.