Ailleurs et demain ...
Deux regards éclairent le monde, une vision verticale qui invite à la transcendance et une représentation horizontale qui s'inscrit dans la surface et l'immanence. La première intuition est en quête d'une autre mesure de la réalité. La seconde, consciente de la complexité de l'univers porte ses efforts de compréhension sur l'élucidation de ses mystères apparents. Chaque attitude interroge l'autre dans un dialogue qui structure en permanence l'histoire des idées. A la question "Ce présent imparfait n'est-il pas le simulacre d'une dimension édifiée sur le modèle de la perfection ?" une seconde interrogation fait écho : "Le monde, dans sa relativité, est-il si insupportable qu'il faille nécessairement attendre un ailleurs porteur d'un bonheur absolu ?"
Ce jeu du questionnement n'est pas près de prendre fin, l'espace et le temps ne se rejoignent parfois que dans les équations ...
Sans avoir la prétention de clore le débat, faisons une proposition impertinente qui offrirait l'immense avantage de renforcer la responsabilisation individuelle, dérivons et renversons le célèbre pari pascalien pour lui faire dire :
"Si l'hypothèse de l'au-delà est validée, l'homme n'aura rien perdu à s'impliquer ici-bas."

Mouvement dialectique
L'ordre et le chaos participent du même cycle, celui de la vie. Indissociables dans leur gémellité, ils s'influencent en parité dans un mouvement symbiotique. Le ballet peut sembler désorganisé, les danseurs recherchent en permanence l'équilibre et l'harmonie.
Ce constat de la dualité fondamentale nous engage-t-il impérativement à épouser une attitude manichéenne et à choisir définitivement un camp en courant le danger de fantasmer la chorégraphie en combat ?
Une attitude plus réaliste se traduirait plutôt par la manipulation opportune des outils mis à disposition par les deux forces, pressenties alors dans des postures moins antagonistes que complémentaires. Si le désordre devient dangereux mettons en place les structures qui le contiendront. Si nos lois sont trop contraignantes et ont tendance à étouffer les libertés créatrices, agitons joyeusement le hochet du chaos dont les résonances ébrèchent les plus épaisses murailles.
La conscience de l'inéluctabilité de l'entropie est une condition nécessaire à une appréhension lucide du monde : rien ne résiste à la force du temps, la rouille ne dort jamais, tout tend à partir en poussière, chaque chose et chaque être a vocation à disparaître. Et pourtant la vie perdure, se renouvelle et s'adapte en imaginant sans cesse des stratégies innovantes.
Engageons donc nos paris en misant sur les deux faces de la médaille : nos risques de tout perdre, au Grand Jeu de l'existence, seront moindres.