POEMES MONORIMES

Affaires de familles.

J'ai un pendu caché dans un placard secret,
Sa langue est tirée et vraiment très gonflée
Son cou est violet et son oeil exorbité.
Mère, il a taché son pantalon râpé!
Ma fille, va donc chercher la maréchaussée!
Ils ont décroché mon beau jouet tant adoré.
Mon père, il est vrai, tu sentais fort mauvais!
Ils t'ont couché sur le parquet si bien ciré.
Au bon curé je me suis vite confessée,
Il n'a pas voulu écouter mes pêchés.
Ma camisole est lacée, je ne peux bouger.
Je passe mes journées avec les bras coincés:
Sans pouvoir jouer à la corde à sauter.
Maman se serait si joliment balancée!

Ode à une pucelle
Damoiselle, écoutez ma complainte:
Pour pénétrer en votre enceinte
Il me faudra ourdir maintes feintes.
Je traverserai le labyrinthe
Et quand la bougie sera éteinte
Passionnément, sans nulle contrainte
Nous vivrons de très douces étreintes.
Mais n'ayez surtout aucune crainte,
Bien avant que la cloche ne tinte
Je saurai effacer toute empreinte.

LIMMERICKS
 
Il y avait un marin à Marseille
Qui aimait beaucoup trop la bouteille.
Il s'en est donné à coeur joie
Mais il a imbibé son pauvre foie.
Il n'a plus navigué, ce marin de Marseille.

Quand on traverse Médine
Il faut mettre la sourdine.
Sinon ils vous jettent en prison
Et quand on est au violon
C'est pas facile de jouer de la mandoline.

Un jeune dadais de Dijon
Se prenait pour Apollon.
Il pensait qu'il était vraiment très beau
Alors qu'il était laid comme un pourceau.
Quel fanfaron, ce garçon de Dijon!

* variante à 6 vers
Une vieille dame qui vit à Vence
Ne veut pas mourir sans résistance.
Elle retarde toutes les pendules
Pour que le temps recule.
Elle est vraiment très crédule,
Cette vieille dame sans intelligence.

ACROSTICHES

D
rapé dans l'ombre du crépuscule blafard,
Revenant du néant, je suis le vent
Amer qui gémit, ivre de sang.
Comme mes sombres frères les cafards,
Une nuit, je me glisserai sous
La porte de ta chambre.
Alors, je soulèverai tes cheveux d'ambre:
 
Nue sera ta gorge, nu sera ton cou.
Oseras-tu porter ton regard
Sur mon âme damnée,
Froide et vide de toute éternité?
Ecouteras-tu ce souffle qui t'égare?
Rouge et chaude est ta vie qui s'échappe,
Aspirée par une force plus ancienne que la mort.
Tu ne sentiras que l'amertume d'un baiser qui mord
Une chair pâle que ma langue lape.
 
Vois! Il t'attend, l'immonde tombeau
Accablé par l'humidité fétide.
Moi, je suis la pourriture livide,
Purulente, qui suinte entre les dalles du caveau.
Ici le vol de la chauve-souris noire
Rebondit dans la nuit que je hante.
Elle crache une bave sanglante
Sur le vide infect des miroirs.

PANTOUM

La valse

Le violon grince comme une potence,
Les pantins dansent dans le bleu du soir.
Une larme glisse sous un loup noir,
La Mort chauve bat la cadence.
Les pantins dansent dans le bleu du soir
Chacun sourit avec élégance.
La Mort chauve bat la cadence
Ils ont abandonné tout espoir.
Chacun sourit avec élégance,
Dans les labyrinthes des miroirs
Ils ont abandonné tout espoir
Et tanguent doucement vers la démence.
Dans les labyrinthes des miroirs
Ils ne serrent dans leurs bras que l'absence
Et tanguent doucement vers la démence.
Les puissants font la fête au manoir.